C’est un rapport édifiant qui doit servir de base pour la sensibilisation des jeunes sur toute aventure vers la Russie en ce temps de guerre avec l’Ukraine. Curieusement, on n’en parle pas du tout dans les milieux officiels.
Publié le 11 février 2026, le rapport « Le business du désespoir » réalisé par le collectif d’investigation All Eyes On Wagner en collaboration avec l’ONG suisse INPACT, révèle la face cachée des réseaux de recrutement d’Africains engagés dans la guerre menée par Russie. Confiante de sa toute puissance militaire, la Russie annonçait une guerre éclair face à l’Ukraine.Une guerre qui a véritablement éclaté jeudi 24 février 2022 après des semaines de tensions notamment entretenues par le Président russe Vladimir Poutine. Malheureusement, plus de quatre ans après, c’est le statu quo. Face à l’usure de ce conflit mal pensé, la Fédération russe sans l’avouer , fait face à un manque de combattants. De ce fait , des réseaux de trafics ont été mis en branle pour appâter des jeunes rongés par le manque de perspectives des dirigeants de leur pays surtout en Afrique. C’est le début d’une tragédie silencieuse qui fait rage sur le continent. Comme on pouvait s’y attendre, le Togo où il ne fait pas bon vivre, figure en bonne place parmi les pays dont les jeunes périssent dans ce conflit qui se déroule pourtant bien loin de leur terre natale. Le rapport d’All Eyes On Wagner décrit une extension progressive des réseaux de recrutement vers les pays du Sud, notamment en Afrique. Initialement liés aux zones d’influence de l’ancien groupe paramilitaire Groupe Wagner – présent notamment en République centrafricaine, au Mali ou au Burkina Faso – ces réseaux se sont progressivement étendus à d’autres États africains. Le phénomène dépasse désormais les pays ayant des relations militaires directes avec Moscou.
Selon l’enquête, les recruteurs utilisent des mécanismes sophistiqués pour attirer des jeunes Africains. Les promesses avancées sont séduisantes. Il s’agit de la régularisation administrative rapide en Russie, les salaires mensuels jugés élevés, l’accès accéléré à la citoyenneté russe, logement et couverture médicale.
Pour faciliter ces départs, les réseaux s’appuient sur plusieurs relais tels que des agences de voyage servant d’intermédiaires logistiques, soutiens locaux favorables à Moscou ou encore anciennes recrues africaines mobilisées pour convaincre d’autres candidats.
Les jeunes africains croient partir pour étudier, travailler ou subvenir aux besoins de leur famille. Mais une fois arrivés en Russie, certains sont confrontés à une réalité bien différente : entraînement minimal, équipement insuffisant et déploiement rapide sur les lignes de front les plus exposées.
Un drame silencieux
Le rapport révèle que 1 417 jeunes Africains ont été recrutés pour combattre aux côtés des forces russes dont 316 ont déjà été tués. La durée moyenne de leur engagement est particulièrement courte. Elle est d’environ six mois. Certains n’ayant survécu qu’un mois après leur arrivée au front.
Les pays africains les plus touchés seraient l’Égypte (361 recrues), le Cameroun (335) et le Ghana (234). Le nombre de recrutements a augmenté au fil des années. On comptait 177 en 2023, 592 en 2024 et 647 en 2025.Ceci dans l’indifférence totale des dirigeants.
Au Togo, l’alerte date de plus d’une année
Mi-mars 2025, nous écrivions «Le Togo au cœur du conflit Russie-Ukraine : Un étudiant fait prisonnier de guerre, Faure et Dussey interpellés»
«Le Togo, petit pays de l’Afrique de l’Ouest, de près n’est pas partie prenante mais compte des victimes collatérales.
Au-delà de la vie chère générée par ce conflit, une victime officielle du Togo est enregistrée. Il s’agit de l’étudiant KOULEKPATO Dossey.
Originaire de Koutime Soko Balime dans la Préfecture de Vo, il est titulaire d’une Licence en Histoire à l’Université de Lomé avant d’obtenir un visa d’étude pour poursuivre sa formation en Russie.
Des sources bien renseignées confirmées par une alerte du Mouvement Martin Luther King (MMLK), l’étudiant togolais a reçu son visa d’étude à l’Ambassade de la Russie à Cotonou au Benin, avant de quitter le Togo pour la Russie le 21 août 2024.»
Arrivé en Russie, il a été contraint de rentrer dans l’armée pour aller au Front en Ukraine. C’est là où il a été gravement blessé, capturé et jeté en prison dans un état pitoyable», renseigne le MMLK du Pasteur Edoh Komi. Depuis quelque temps, le compatriote est fait prisonnier de guerre et sa famille au Togo est inconsolable», avions-nous rapporté avant de préciser que le Chef de l’État (d’alors) Faure Gnassingbé et son ministre des Affaires Étrangères Robert Komlan Dussey ont été respectivement saisi les 10 et 12 mars 2025 de la situation.
Malheureusement, le concitoyen KOULEKPATO Dossey a perdu la vie sans que rien ne soit fait pour le sauver. Il n’est pas seul togolais dans le cas. Deux autres compatriotes sont également morts otages de ce conflit. Il s’agit de Dogan Komlan Junior Mark et de Sabi-Ifon Yaovi. Le rapport révèle que 18 jeunes togolais ont été recrutés dans ce système dont les trois susmentionnés ont péri.
Ce qui choque davantage, c’est le silence prolongé des autorités dans cette affaire. Pourtant, le Togo a un ministre des Affaires Étrangères qui se balade partout dans le monde sans se soucier de la vie de ses concitoyens en détresse à l’étranger. Du fait de la misère ambiante, beaucoup de Togolais ne croient plus en leur destin dans leur propre pays. Face aux risques liés à la destination Russie, le gouvernement doit au moins sensibiliser sa jeunesse à l’effet d’éviter ce traquenard.
Kokou AGBEMEBIO
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