Nation




Par Honoré Dontui - 07/08/2026
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Togo : Où en est-on avec le développement des territoires ?

     Depuis 2019,  le gouvernement togolais a initié une politique basée sur la décentralisation et la planification territoriale harmonisée. En foi de quoi le ministère de l’Administration Territoriale a vu ses charges élargies avec de nouvelles compétences. Ces nouvelles compétences intégraient celle du développement des territoires afin de permettre que la planification du développement soit étendue au niveau communal et régional, pour assurer le transfert à tous les niveaux. 
Avec le début du processus de la décentralisation, malgré l’existence du cadre légal et la mise en place de l’initiation des différents plans de développement régionaux pour harmoniser les différents plans et les aligner sur les priorités nationales, en tenant compte des potentialités locales, force est de constater que c’est du surplace. Le développement équilibré et durable n’est pas à ce jour au rendez-vous et les potentialités des différentes régions ne sont pas exploitées. En effet, la Région des Savanes, potentiellement agropastorale, continue à jouer le rôle de transit des bétails. Les Régions de la Kara et Centrale, malgré toutes leurs potentialités en matière des cultures maraîchères et autres produits agricoles en tubercules très prisés, n’arrivent pas à se spécialiser. 
La Région des Plateaux avec ses multiples potentialités agricoles semble être reléguée à la remorque. Le problème est que la mutation programmée, c’est-à-dire, le passage d’un Etat central à un État decentralisé où chaque région dispose d’une autonomie dans la planification économique, il faut une coordination nationale pour harmoniser et mutualiser les investissements. Ce qui devrait permettre sur la base des avantages comparatifs,  non seulement la spécialisation des différentes régions mais surtout attirer les financements sur le fond des différents Plans de Développement Régionaux. 
Cette spécialisation permet le développement intégré du territoire sur fond de la solidarité nationale, la participation et la précaution pour prévenir les risques sur le changement climatique, l’environnement et la santé publique. 
Le développement des territoires intègre 4 piliers fondamentaux, à savoir l’agriculture, l’économie, le social et l’environnement.
Le principal outil de programmation et de gestion devrait être formalisé autour de la Direction Régionale de la Planification avec pour but, la coordination et la mise en œuvre des politiques d’aménagement du territoire, du suivi-évaluation et de développement de l’économie sociale solidaire , en collaboration avec les ONG et autres organisations de la société civile.
    ‘Étant donné le caractère multidimensionnel de chacune des structures à l’échelle nationale et régionale, elles doivent comporter dans leur composition des économistes, des sociologues et des ingénieurs de tous les domaines de même que d’autres experts en développement local. 
Le dénominateur commun de tous les projets de développement est la faiblesse de la capacité de financement dans notre pays. 
Au Togo, plusieurs initiatives ont été prises pour le développement à la base sans réaliser l’inclusion financière telle que programmée. 
Ce qui doit être un problème et un défi à relever, c’est comment repenser l’inclusion financière pour servir le développement des territoires.
 Il faut alors une refonte totale de la microfinance pour la mettre au service de l’économie sociale solidaire, pour une économie réelle et une mutation de la production sur le plan local, régional et national. Cela suppose d’organiser les sources de financement avec l’inclusion numérique à travers le transfert des fonds de la diaspora. 
Il faut réadapter les sources de financement en encadrant les usages. Depuis quelques années, les analyses montrent des sources de financement de la diaspora et des fonds islamiques qui constituent une source non négligeable de financement dans notre pays. Dès lors, il faut réhabiliter la Banque Nationale d’Investissement (BNI) pour drainer tous les transferts et une refonte de la microfinance pour élargir le système. Le but ici, c’est de connecter tous les projets de développement intégrant la diaspora, et tous les projets de développement islamiques qui semblent ne pas être très bien encadrés.
 Il s’agit de faire en sorte que désormais, tous les financements pour le développement du territoire à partir des transferts de fond en provenance de la diaspora, de même que la masse des fonds islamiques, passent par cette banque connectée avec le système de la microfinance. Dès lors, il devient urgent de  restructurer les acteurs au service du développement à la base avec des lignes de crédit spécifiques pour les Petites et Moyennes Entreprises. Ce qui permettra de disposer une base structurante à partir d’un remodelage des outils qui existent déjà sur une base légale. 
L’autre point le plus important est le suivi-évaluation.
 Il définit les indicateurs clairs et publie un tableau de bord trimestriel pour mesurer l’impact de l’activité programmée. Ainsi chaque trimestre, chaque cellule locale transmet son rapport d’évaluation et les recommandations à la direction régionale. Celle-ci, en collaboration avec la cellule régionale du développement, centralise toutes les informations à la cellule nationale qui rend compte à l’autorité compétente pour mesurer l’impact. Ce qui offre un cadre spécial et permet d’allier valorisation et pragmatisme des politiques publiques locales, l’inclusion sociale et la dynamisation économique tout en restant compatible avec la stratégie nationale. 
Comme on peut le constater, la gouvernance locale  à peine commencé mais a déjà perdu ses repères. Elle doit pouvoir se réinventer et se réinitialiser. Sans quoi, toutes les initiatives de la Banque mondiale à travers la vision 2030 et 2040 ne seront qu’un leurre, un faux développement qui dissimule la magouille. Tant que le développement des territoires sera un parent pauvre de tous les programmes de développement, le résultat sera le même que tous les programmes de développement depuis vingt ans.
Pour le compte de la vision 2040, la Banque mondiale, à travers un programme de facilitation de crédit, a accéléré et accordé un prêt de 257 milliards de francs CFA pour la modernisation des transports, l’énergie et l’accélération de la transition numérique. Comme on peut le constater, le portefeuille des opérations de la Banque mondiale au Togo a atteint le niveau record de 2,1 milliards de dollars, lit-on dans le journal «Togo Réveil» dans sa parution N°671 du 17 juillet 2026.
Sauf que, de tout ce qui précède, rien ne dit que le secteur primaire qui emploie 60%de la population active est concerné à juste titre. 
En effet, selon Makhtar Diouf dans son livre économie politique, «on pense à tort que les formules économiques occidentales sont magiques et peuvent être appliquées partout». Pour lui, pour être collé à la réalité occidentale et avoir des meilleurs résultats, il faut la réinventer par rapport aux réalités africaines. En repensant la production pour un vrai développement sur la base de la supperestructure comme socle social africain. La question que l’on est en droit de se poser est celle-ci: Sur les 2,1 milliards de dollars qui constituent le financement de l’ensemble des crédits de la Banque mondiale ces dernières années, quel est le multiplicateur de l’investissement pour permettre d’évaluer l’efficacité de tous ces programmes de facilitation de crédit? 
A contrario, l’on peut affirmer sans risque de se tromper que, une bonne partie de la richesse fuit au même moment qu’elle est injectée dans l’économie absorbée par un secteur extraverti. 
Comme on peut le constater, tous ces programmes de développement alignés sur le système occidental ne sont que tromperie. Si nous pouvons paraphraser Platon dans la République: «la mauvaise gouvernance est née le jour où le premier escroc a rencontré le premier idiot». 
Aujourd’hui, le mensonge et la manipulation sont devenus le prix cher de la vérité que notre peuple refuse d’accepter. Comme l’a dit Albert Camus: «mal nommer les choses c’est augmenter la souffrance du monde». 
OURO-AKPO Tchagnaou, économiste, Président du mouvement Lumière pour le Développement (LDP)

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