Les pays africains, après les indépendances ont longtemps été dirigés par les régimes dictatoriaux pendant plusieurs dizaines d’années avec leurs cortèges de dégâts aussi bien sur le plan économique que dans le domaine de la violation des droits humains. Pendant pratiquement une trentaine d’années, l’expérience de la dictature en Afrique après la décolonisation s’est révélée décevante et regrettable à cause des dérives des dirigeants africains hostiles aux principes élémentaires de la bonne gouvernance et du respect des droits de l’homme.
Le vent de l’Est vint à l’orée des années 90 contraindre les régimes autocratiques à se métamorphoser en une nouvelle forme de régime impliquant de nouvelles méthodes de gouvernance, il s’agit bien de la démocratie. Bon gré mal gré, plusieurs États africains ont pu avancer à cloche-pied vers l’instauration d’une démocratie véritable. Quelques pays sont parvenus, non sans difficultés, à s’adapter aux principes fondamentaux de la démocratie hérités de l’Occident. Le Bénin, le Sénégal, le Ghana, le Nigéria, le Libéria, la Gambie peuvent être cités aujourd’hui parmi ces quelques pays où l’alternance politique et le jeu démocratique ont trouvé une issue favorable.
Mais à côté, un bon nombre de dictatures du continent à la carapace dure peine à s’adapter à la nouvelle donne. Les dirigeants les plus réfractaires ont choisi d’adopter très difficilement une démocratie de façade où toute question relative à l’alternance politique est assimilée à une déclaration de guerre contre leurs intérêts.
Plus de trente-cinq (35) ans après l’avènement de la démocratie, comme à tout hasard, l’Afrique fait face à un nouveau courant de thuriféraires des dictateurs hostiles à la démocratie qui tentent de démontrer aux peuples africains qu’il faut aux pays du continent noir leur propre démocratie, celle qui, selon eux, serait mieux adaptée aux réalités africaines. Tel est le refrain et le prétexte servis à tout bout de champ par les hérauts des chefs d’Etat africains hostiles à l’alternance politique et aux principes de la bonne gouvernance.
Alors que dans des pays comme le Ghana, le Bénin, le Sénégal, le Libéria et ailleurs, l’on voit la démocratie et l’alternance politique au sommet de l’Etat marcher à merveille, des pays comme le Togo, le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou encore le Congo Brazzaville végètent encore dans la politique du pouvoir à vie empreint d’un système d’impunité et de dérives de tout genre.
C’est au regard de ce que l’on observe dans les pays cités plus haut que l’on est en droit de se demander si la démocratie adaptée aux réalités africaines est celle qui consiste à modifier ou à changer la constitution pour permettre à un seul homme de confisquer le pouvoir dans le pillage impuni des ressources nationales, à tailler les textes sur mesure dans le seul but d’éliminer les adversaires politiques gênants de la course au fauteuil présidentiel, à réprimer dans le sang son peuple qui revendique le changement pour le mieux-être.
S’il faut réponde par l’affirmative à la question, Paul Bya, Faure Gnassingbé, Alassane Ouattara et bien d’autres nous ont bien servi le modèle de la démocratie à l’africaine que nous vante tant une catégorie de panafricanistes invitant les peuples africains à rompre avec la démocratie dite occidentale. Il ne restera certainement qu’à décréter dans les pays concernés des mandats de 5 ou 10 ans tout en supprimant les élections et en dissolvant tous les partis politiques pour que vive la prétendue démocratie adaptée aux réalités du vieux continent.
Les pays comme le Bénin, le Nigéria, le Ghana, le Sénégal, pour ne citer que ceux-là, continueront tout de même de nous prouver qu’il n’y a aucune réalité africaine qui empêche de bien pratiquer la démocratie. Tout le reste n’est qu’une question de volonté et de bonne foi. La démocratie dite occidentale ne présente aucun danger si l’on veut bien se soumettre aux règles du jeu démocratique, à savoir, le respect des règles électorales, de la bonne gouvernance, de la séparation des pouvoirs ainsi que des libertés collectives et individuelles.
Joachin S
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