Le Syndicat national des praticiens hospitaliers du Togo (SYNPHOT) a officiellement lancé, le lundi 26 janvier 2026 à Lomé, la phase pilote du projet national intitulé « Amélioration de la qualité d’accueil et lutte contre la mauvaise gouvernance et les actes illicites dans les centres de santé au Togo ». Cette initiative d’envergure intervient dans un contexte marqué par de nombreuses plaintes des populations relatives aux conditions d’accueil, à la qualité des soins et aux dysfonctionnements observés dans les structures sanitaires publiques, notamment les hôpitaux de référence.
Face à ces préoccupations récurrentes, le SYNPHOT entend jouer un rôle moteur dans la refondation de la confiance entre les usagers et le système de santé public. Le projet vise à renforcer l’éthique professionnelle, à promouvoir la bonne gouvernance hospitalière et à améliorer durablement la performance du système de santé togolais, dans l’intérêt premier des patients.
La phase pilote du projet, prévue pour une durée de quatre mois, se déroule au Centre hospitalier universitaire Sylvanus Olympio (CHU SO) de Lomé, le plus grand établissement sanitaire du pays. Ce choix n’est pas anodin, tant cet hôpital cristallise une grande partie des attentes, mais aussi des critiques des usagers du système de santé.
Le projet bénéficie du financement de la Banque mondiale, à travers le Projet de Services de Santé Essentiels de Qualité pour une Couverture Sanitaire Universelle (SSEQCU), ainsi que d’autres initiatives liées à l’accès universel aux services de santé, notamment en matière de santé sexuelle et reproductive.
Avant le démarrage effectif des activités, une étude diagnostique a été menée au CHU Sylvanus Olympio à travers des sondages et enquêtes auprès des patients et du personnel soignant. Ces travaux ont permis de mieux cerner les causes des insatisfactions liées à l’accueil, à l’orientation des patients, aux délais de prise en charge, ainsi qu’aux relations parfois conflictuelles entre soignants, soignés et accompagnants.
À la suite de cette étude, près de 200 prestataires de soins ont bénéficié d’un renforcement de capacités axé sur l’accueil dans toutes ses dimensions : relationnelle, organisationnelle et éthique. Pour le directeur général du CHU SO, le Médecin Lieutenant-Colonel Yawo Apélété Agbobli, cette formation s’inscrit dans une logique d’amélioration continue. « Parlant de l’accueil, il s’agit de renforcer l’existant, de s’améliorer puisque la formation est continue », a-t-il souligné.
Le SYNPHOT insiste sur le fait que l’accueil ne relève pas uniquement du comportement individuel du personnel soignant. Comme l’a rappelé le Dr Gilbert Agbetoglo, médecin en santé publique, l’accueil est un concept tripartite, qui repose à la fois sur la qualité des infrastructures, les processus organisationnels mis en place et les attitudes du personnel, sans oublier la nécessité d’informer et de sensibiliser les usagers aux normes et circuits de soins.
Bien qu’étant une organisation syndicale, le SYNPHOT reconnaît sa responsabilité dans l’amélioration de la qualité des soins. « Il faut que nous, prestataires, soyons irréprochables avant de prétendre mener d’autres batailles », ont souligné les responsables du syndicat, rappelant la nécessité d’« assainir sa maison » avant d’exiger des réformes plus larges.
C’est dans cet esprit que le lancement du projet a été couplé à une remise symbolique de matériel d’hygiène au CHU Sylvanus Olympio. Le don, remis par le Dr Gilbert Tsolenyanu, secrétaire général du SYNPHOT, vise à accompagner les efforts de l’établissement dans l’amélioration de l’hygiène hospitalière et des conditions de prise en charge des patients.
Bamana Y. Babaté Nathalie, Assistante spéciale du Secrétaire général du SYNPHOT, a rappelé que l’accès à des soins de qualité demeure un défi majeur pour tout système de santé, en particulier en situation d’urgence. Elle a mis en lumière les nombreuses plaintes des populations concernant l’accueil, les délais de prise en charge, le manque d’orientation des patients et la vétusté de certaines infrastructures, autant de facteurs qui remettent en question le droit à la santé consacré par la Constitution togolaise et le Code de la santé publique.
Selon elle, l’amélioration de l’accueil, de l’hygiène hospitalière et la lutte contre la mauvaise gouvernance constituent un enjeu multi-acteurs, nécessitant une synergie d’actions entre l’État, les professionnels de santé, les partenaires techniques et financiers, ainsi que les communautés.
Le projet s’inscrit par ailleurs dans le cadre de la Stratégie intérimaire de croissance économique et de lutte contre la pauvreté, qui vise à promouvoir la bonne gouvernance, améliorer le capital humain et renforcer les conditions de vie des populations.
Présent à la cérémonie de lancement, le préfet du Golfe, Agbodan Kossivi, s’est réjoui du choix de sa préfecture pour abriter la phase pilote, soulignant que la qualité de l’accueil, le respect des procédures et la lutte contre les actes illicites conditionnent la performance du système de santé et renforcent la crédibilité de l’État.
À terme, le SYNPHOT ambitionne de déployer ce projet sur toute l’étendue du territoire national, de Lomé à Cinkassé, afin de faire de la qualité de l’accueil, du respect mutuel et du bien-être des soignants une marque distinctive du système de santé togolais.
Comme l’a rappelé avec force l’Assistante spéciale du Secrétaire général du SYNPHOT : « L’accueil est l’affaire de toutes et de tous ». Un appel à la responsabilité collective pour bâtir un système de santé moderne, humain et digne de la confiance des populations.
G.A.
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