Depuis 2022 les autorités togolaises n’ont cessé de manifester leur satisfaction de la résilience de l’économie par une tendance positive du taux de croissance du PIB du Togo après la covid 19. Dès lors, nous nous interrogeons sur l’impact de cette croissance par rapport à la situation macroéconomique du pays.
Le lundi 23 mars 2026 s’est tenue à Lomé la session du Conseil National de Crédit présidée par le ministre de l’économie et des finances, en présence de son collègue de l’économie et de la veille stratégique et bien d’autres acteurs du système économique pour faire le point sur la situation économique du Togo.
Pour cette année 2026, il ressort des conclusions de ce conseil que le taux de croissance attendu est de 6,2 % avec un taux d’inflation de 1,8 %. Cependant il est à noter que l’année dernière, le même exercice a été fait le 17 septembre 2025 au cours duquel, il avait été annoncé que le taux de croissance de l’année 2024 était de 6,5 % avec un PIB nominal de 6458 milliards de FCFA.
Pour le compte de cette année, le ministre des Finances et du Budget a tenu à relever les incertitudes persistantes de l’environnement international qui pouvaient peser sur le cadre macro-économique. Face à cette situation, il évoque pour prévenir toute éventualité la même formule habituelle qui est devenue couturière que :»le gouvernement demeure déterminé à poursuivre les réformes structurelles de l’économie nationale».
La question que l’on ne cesse de poser depuis toujours est : où sont ses réformes et l’on assiste toujours à une persistance des goulots d’étranglement constitués de la dette intérieure toujours en augmentation exponentielle, de la mauvaise gestion des ressources de l’État sur fond des détournement des fonds publics et surtout l’inadéquation entre le taux de croissance du PIB et le taux d’intérêt des emprunts publics improductif qui ne permet pas de rembourser la dette qui augmente d’une manière exponentielle d’une année à l’autre ?
En effet on se rend à l’évidence que l’inéquation entre le taux de croissance et le taux d’intérêt de la tête souveraine pose problème.
Depuis 2022, la croissance économique du pays a évolué et le taux de croissance de l’économie à travers le PIB est dans une tendance positive. Elle est évaluée entre 5 % et 6,5 % depuis la fin de l’année 2022.
Lorsque le taux de croissance du PIB d’une année à l’autre est dans une situation positive, cela devrait entraîner de facto une amélioration du niveau de vie de la population par la création d’emplois supplémentaires à la suite de nouveaux investissements sur le plan socio- économique.
Malheureusement au Togo, malgré la tendance positive du taux de croissance sur plus de 5 ans, la situation économique est marquée par une montagne de dette publique de plus de 4517 milliards soit à la limite du soutenable avec des conséquences visibles. Les salaires sont presqu’au bout du précipice surtout dans le secteur privé où parfois il est inférieur du SMIG, dans la fonction publique, la valeur indiciaire n’a pas changé, la situation des hôpitaux en état de dysfonctionnement, des bâtiments scolaires en souffrance, des routes transformées en mouroir. On observe une forme de renoncement du pouvoir public avec le délestage chronique devenu récurrent, les feux tricolores qui fonctionnent en pointillés et une jeunesse sans avenir. Ceci est dû au fait que les finances publiques sont sous tension permanente à cause des taux d’intérêt des emprunts et surtout des Obligations Assimilées du Trésor obtenues sur le marché financier régional à un taux de 7% supérieur au taux de croissance du PIB.
Cette situation relève d’un manque de vision stratégique et de la mauvaise gouvernance décriées depuis toujours. Ce qui résulte d’un manque de sincérité des comptes publics, de la mauvaise allocation des ressources de l’État et de la reddition des comptes publics. La preuve, les rapports de la Cour des comptes restent sans produire un effet de droit. La dernière loi de règlement remonte à l’exercice 2023 alors que la loi organique portant loi des finances impose que tout adoption du budget de l’État de l’année n+1 ne peut se faire sans la loi de règlement de l’année n-1.
On assiste à une mauvaise gestion sur fond de détournement de fonds publics
En effet depuis un moment, il ne se passe pas un mois sans que de graves révélations ne soient faites sur la mauvaise gestion et les détournements sur fond de surfacturation et de clientélisme, de la corruption et le népotisme dans les grandes sociétés de l’État, et surtout dans les régies financières de l’État sans aucune réaction des pouvoirs publics. Aussi assiste-t-on à une succession des ministres et à la création de nouveaux postes ministériels parfois décoratifs dans le gouvernement et même d’autres postes de prestige sans résultat, sans performance et sans reddition des comptes .
Par ailleurs, la dette intérieure est devenue un goulot d’étranglement pour les entreprises nationales.
Depuis la mise en place de la SCAP (Stratégie de la Croissance Accélérée et la Réduction de la Pauvreté) qui s’est soldée comme une arnaque politique car, non seulement la croissance n’a pas été accélérée et que la pauvreté n’a pas connu de réduction, mais au contraire la dette publique intérieure a explosé.
Il faut rappeler que la dette intérieure est constituée des sommes d’argent que l’État doit à ses créanciers dans le pays, surtout des investisseurs privés. Sur les 4 517 milliards de la dette publique totale, la dette intérieure est de 60 %.
Certes, le ministre des Finances a évoqué les incertitudes de l’environnement international, mais il est resté muet, sans rien proposer en ce qui concerne les innovations stratégiques apportées par le nouveau ministre de la veille stratégique pour résoudre la question de la dette intérieure. C’est à se demander si celui-ci aussi manque de stratégie ?
Comme on peut le constater, le taux de croissance est un chiffre. Son contenu dépend de ceux qui sont chargés d’insuffler une vision, une orientation sous forme de politiques publiques et économiques en fonction des priorités nationales, conformément à l’intérêt du peuple.
Le fond du problème togolais, malgré les appréciations des institutions financières internationales et les apparences, c’est le non respect de la loi par ceux-là même qui sont censés la faire respecter. Depuis toujours nous n’avons pas cessé de dénoncer le manque de sincérité des comptes publics et la mauvaise orientation des allocations budgétaires, de même que l’augmentation injustifiée de la dette publique. Comment peut-on espérer avec une dette publique de près de 70 % du PIB dont 60 % se compose de la dette intérieure, on peut garantir le financement des investissements privés, sensés relancer la production intérieure, la rendre compétitive par rapport au marché international afin de favoriser la création de l’emploi pour espérer briser le cercle vicieux de la pauvreté et du sous-développement dans notre pays?
La Rédaction
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