Depuis les années 2000, la politique africaine est rythmée par des modifications ou abolitions des dispositions constitutionnelles visant à limiter le nombre de mandats présidentiels. Ces manipulations orchestrées par des Présidents en exercice visent à accomplir des rêves d’absolutisme en instaurant un régime endogame qui se referme sur lui-même pour garder jalousement le pouvoir. Mais la boulimie du pouvoir ne touche pas tous les chefs d’Etat. Certains Présidents africains se démarquent en s’inscrivant résolument dans l’alternance politique devenue une tradition dans leur pays. C’est le cas du Ghana de Nana Akufo-Addo.
Vouloir s’éterniser est devenu pour certains Présidents africains une identité. Ils sont frappés par la boulimie pathologique du pouvoir. Pour leur gourmandise des délices du pouvoir, ces Chefs d’État tripatouillent à volonté la Constitution juste pour rester aussi longtemps que possible aux commandes.
Nana Akufo-Addo, prend ses distances avec le pouvoir à vie
À l’approche de l’élection présidentielle au Ghana, prévue pour le 7 décembre 2024, le Président Nana Akufo-Addo a affirmé qu’il garantira une transition pacifique du pouvoir à la fin de son mandat et a réitéré son engagement à se retirer le 7 janvier 2025. « Jamais. Cela (la modification de la constitution, ndlr) n’a jamais fait partie de nos préoccupations. J’étais l’un de ceux qui se sont battus pour la constitution du Ghana telle qu’elle est », a-t-il martelé.
Après deux mandats à la tête du pays, le Président ghanéen prend ses distances avec la confiscation du pouvoir. Il se refuse donc de modifier la constitution du pays. « Non, je ne fais pas partie de ces dirigeants. Je crois qu’une fois que les règles du jeu ont été établies, il est important pour la stabilité du pays que les personnes au pouvoir les respectent. Cela encourage les autres à faire de même. La stabilité du Ghana aujourd’hui est en grande partie due au fait que nous avons participé à ces consultations populaires régulières et qu’elles ont été acceptées par le peuple, ainsi que par la classe politique. C’est la preuve que c’est un élément stabilisateur de notre pays », a déclaré Nana Akufo-Addo chez nos confrères de France 24.
Par cet engagement à libérer le fauteuil présidentiel donnant la possibilité à d’autres forces politiques et personnalités du pays de conquérir le pouvoir, le Président ghanéen reste dans la ligne politique tracée par ces processeurs dont John Jerry Rawlings et John Agyekum Kufuor, qui ont passé la main pacifiquement après leur mandat.
Un message pour tous ses pairs qui s’accrochent au pouvoir particulièrement son voisin de l’Ouest, le Togo. Un pays regenté par la même famille depuis bientôt six décennies de père en fils qui se montre réfractaire à tout changement.
Des pierres dans le jardin de Faure Gnassingbé
Au Togo, le seul souci du régime est de royaliser le pouvoir. Ce régime et ses tenants monopolisent le pouvoir pour des intérêts politiques personnels. Ils placent leurs proches parents, leurs amis et clients politiques dans toutes les instances du gouvernement pour éliminer ou endiguer tout adversaire capable de les secouer. Aujourd’hui, le régime togolais tente même de devenir une dynastie qui ne dit pas son nom.
Depuis mai 2024 , au bout d’un processus qui a laissé de nombreux observateurs pantois, une nouvelle constitution a été adoptée par des députés dont le mandat a expiré. Des diplomates et autres analystes avisés sur des questions politiques ont été stupéfaits par le modus opérandi du régime togolais. « Un changement de constitution a été ficelé avec un processus électoral d’une manière comme je ne l’avais jamais vu auparavant », a confié, il y a quelques jours, Dr. Claudius Fischbach, Ambassadeur d’Allemagne au Togo.
Le changement constitutionnel opéré, en complicité avec des féticheurs constitutionnels, basculant le pays dans un régime parlementaire balisant la voie pour un pouvoir à vie de Faure Gnassingbé ne conforte que cette tendance. En effet, ce changement de la constitution affecte, inéluctablement, le principe de l’alternance politique. Et pour cause ! Il permet au régime de Faure Gnassingbé de rester au pouvoir avec le soutien d’institutions électorales compromises et d’un appareil de sécurité autoritaire de demeurer à la tête du pays pour un long moment.
Comme Patrice Talon, Akufo-Addo envoie donc indirectement un message à leur voisin si particulier. Il existe une autre vie après le pouvoir.
Lemy Egblongbéli
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