Le Chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé est désigné pour prendre le relais de la médiation angolaise dans la crise qui oppose la République démocratique du Congo (RDC) à son voisin, le Rwanda. Ayant fait ses preuves dans la sous-région dans la résolution des crises dans certains Etats, Faure Gnassingbé exporte désormais son influence pacificatrice sur le continent. Une posture qui contraste avec son indélicate politique intérieure menant le Togo vers un lendemain plus qu’incertain.
Fin mars, l’Angola a annoncé son retrait de la médiation entre Kinshasa et Kigali. Nommé en 2022 par l’Union africaine, le Président angolais João Lourenço a décidé de ne plus conduire cette médiation qui semble s’embourber depuis plusieurs mois. Face à l’impasse, Faure Gnassingbé a été consulté pour prendre les relais. Le Président togolais, qui affiche depuis quelques mois une certaine proximité avec ses homologues Félix Tshisekedi de la RDC et Paul Kagame du Rwanda, veut mettre son expérience dans la balance pour la pacification des relations entre les deux voisins.
Politiques et OSC récusent Faure
L’annonce de la médiation du Président de la République dans cette crise fait monter au créneau, à Lomé, des partis politiques et organisations de la société civile (OSC). En effet, depuis quelques années, le Togo est en proie à une crise politique qui paralyse le pays dans nombre de compartiments. Les acteurs politiques et de la société civile sont unanimes sur la nécessité d’un dialogue politique franc et sincère afin de créer les conditions d’une situation stable. Malheureusement, il est donné de constater que le Président Faure Gnassingbé n’accorde nullement toute l’attention requise, à cette préoccupation légitime. Pis, il plonge depuis quelques mois, le pays dans une impasse politique avec le changement de la constitution lui ouvrant un boulevard pour le pouvoir à vie.
Dans un communiqué le Mouvement de Libération Nationale (Freedom-Togo-MLN) a exprimé «toute sa colère, toute sa consternation et toute son indignation face à cette annonce dans un contexte où le supposé pressenti, Faure Gnassingbé, foule allègrement aux pieds, les principes et objectifs de l’UA, tels que consacrés par son acte constitutif adopté à Lomé, le 11 juillet 2000. »
« Comment l’Union Africaine peut-elle, dans ce contexte, prétendre voir en Faure Gnassingbé un médiateur crédible ? Comment peut-elle ignorer les souffrances du peuple togolais et envoyer un tel signal de légitimation à un pouvoir illégitime, antidémocratique et oppressif ? », s’est interrogé dans un communiqué l’ANC. Pour le parti de Jean-Pierre Fabre, « cette attitude complaisante de l’UA, qui s’apparente à un encouragement à la perpétuation du régime autoritaire de Faure Gnassingbé, et à une trahison des valeurs fondamentales censées guider l’action de l’Union Africaine ».
Même son de cloche dans un communiqué conjoint signé par une dizaine d’OSC dont Front Citoyen Togo Debout. « Faure Gnassingbé ne dispose d’aucune légitimité pour incarner les valeurs de justice, de neutralité et d’exemplarité nécessaires à une médiation crédible », martèlent les OSC qui soulignent une gouvernance marquée par des « violations massives des droits humains », des atteintes à la liberté de la presse et d’association, des « élections frauduleuses », ainsi qu’un usage répressif de la justice.
En République Démocratique du Congo , certains OSC sont aussi vent debout contre la désignation de M.Gnassingbé.
Diplomatie opportuniste au service d’un régime autoritaire
Pour le régime togolais, la stratégie de la médiation est un héritage d’Eyadema. Un héritage auquel s’accroche son successeur pour maintenir à flot le régime. Au Togo, la vieille méthode du camouflage de la politique intérieure par des services d’influence à l’extérieur est toujours d’actualité. En effet, la médiation dans des crises dans la sous-région permet au régime togolais incarné aujourd’hui par Faure Gnassingbé, par volontarisme calculé, de se voir exhorté à jouer les rôles de pacificateur sur le continent. Ce qui participe inexorablement à repositionner le Président togolais sur l’échiquier politico-diplomatique régional et continental. Il rehausse ainsi sa notoriété et la garantie du silence de la communauté internationale sur sa volonté à peine voilée de se maintenir au pouvoir Ad vitam æternam.
C’est une évidence, même si le titre de médiateur a une certaine valeur symbolique tant aux yeux de l’opinion qu’aux yeux des autres Etats. Il est le témoin de certaines représentations qui ont une forte charge symbolique recelant au moins une idée forte: celle de la précellence, doublé de l’influence diplomatique de Faure Gnassingbé dans le champ de la paix. Car à l’évidence, les pratiques de médiation semblent être pourvoyeuses d’influences sur la scène internationale. Il n’est donc pas surprenant que le régime soixantenaire dans sa construction des éléments de langage insiste toujours sur : la paix.
L’enjeu donc pour le régime togolais, au-delà de toute évidence, c’est la garantie d’une certaine influence qui est recherchée. Comme susmentionné, la communauté internationale pourrait fermer les yeux, à nouveau, sur la constitution imposée, et abandonner les Togolais à leur sort. C’est donc à ce subtil calcul de poker que se livre le régime togolais. Mais sur le cas de la RDC et du Rwanda, au regard de la posture des deux pays, le régime togolais risque de voir éclater ses prétentions d’artisan de paix, alors que les Togolais subissent sa dictature depuis 60 ans.
Le moment venu, les Président Kagame et Tshisekedi, réputés pour leur langage peu diplomatique, ne supporteraient pas les leçons d’un Faure Gnassingbé contesté dans son propre pays.
Lemy Egblongbél
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