Le 31 décembre 2024, comme le veut la tradition républicaine, le Chef de l’Etat, Faure Gnassingbé a adressé un message de vœux du nouvel an à la nation. Cet exercice traditionnel est un moment privilégié pour faire le bilan des actions du gouvernement et dessiner les perspectives. Cette année, les sujets ne manquent : changement de la constitution, vie chère, marasme économique. Faure Gnassingbé était attendu par le peuple togolais. Mais au final, c’est une grosse déception. Le Chef de l’Etat qui semblait même perdu dans ses notes n’aura pas fait mieux que les années précédentes.
L’année 2024 a été particulièrement difficile pour nombre de Togolais. La vulnérabilité et la pauvreté continuent de gagner du terrain aussi dans les milieux paysans qu’en ville. Les Togolais dans leur majorité écrasante tirant le diable par la queue, ne savent plus à quel saint se vouer. Ils sont donc nombreux scotchés devant leur télévision le mardi 31 décembre à 20h pour suivre le message du Président de la République. Les Togolais attendaient des mesures fortes, notamment pour la relance économique, la lutte contre le chômage et l’annonce des projets sociaux. Mal leur en a pris.
Comme c’est devenu la chanson pour le gouvernement togolais depuis quelques années, les problèmes économiques du Togo trouvent leur origine dans les conflits en Europe et au Moyen-Orient. Des conflits qui, dit-on, mettent à rude épreuve les circuits commerciaux. « Ces conflits nuisent à notre développement économique et sont souvent à l’origine d’une inflation qui pèse sur le pouvoir d’achat de chacun d’entre nous», a indiqué Faure Gnassingbé.
Comme quoi, avant le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, les Togolais vivaient dans le meilleur des pays et que la situation économique du pays était loin des enviables. L’activité économique était déjà très faible avant le déclenchement de ce conflit. L’inflation, le déficit budgétaire, et le solde courant présentaient des signes d’inquiétudes. Aussi faut-il le souligner, depuis quelques années, la dette publique du Togo s’est aggravée, atteignant 68 % du PIB (3 707,8 Mds FCFA) fin 2023 contre 62,2 % du PIB en décembre 2020. Elle est composée à 61,4 % de dette intérieure, quasi exclusivement constituée de titres d’États émis sur le marché sous-régional.
Avec un PIB estimé à 9,1 Mds USD (5 522 Mds FCFA) en 2023 pour une population estimée à 8,8 M d’habitants (soit un PIB/hab de l’ordre de 998 USD) qui croît au rythme de 2,3 % par an, le Togo figure parmi les pays les moins avancés. Mais pour Faure Gnassingbé, le pays « avance ».
Dans son discours, le Chef de l’Etat a souligné que son gouvernement a alloué plus de 10 milliards au profit de 149.000 producteurs agricoles à travers divers mécanismes d’aide à l’agriculture. Un petit calcul rapide montre que les productions en question ont reçu donc moins de 70 000 FCFA par mois. Pour le Chef de l’Etat, cet «effort majeur pour le secteur agricole ». Le comble du ridicule. D’ailleurs, ces chiffres ont suscité beaucoup de réactions dans le monde agricole qui contribue au PIB à hauteur de 20 %. Des agriculteurs traités en parent pauvre de l’économie.
Sur le plan social, le Président de la République a déclaré qu’un vaste plan a été lancé pour lutter contre la vie chère. « Ce plan comprend : une baisse des coûts de transport et un contrôle de prix des produits de première nécessité, accompagné d’un dialogue fructueux avec les importateurs et les grossistes. Par ailleurs, en plus de la prime spéciale de fin d’année dont bénéficient plus de 150.000 d’entre vous, la réduction des tarifs d’électricité concernera plus d’un million de Togolais », a-t- il souligné. Il y a encore quelques jours, les Togolais payaient le bidon d’huile de 25 litres à près de 40 000 FCFA. En ce qui concerne la prime spéciale pour les fonctionnaires et la réduction des tarifs de l’électricité pour certains clients de la CEET, nous avions évoqué dans notre dernier numéro son caractère exclusif et discriminatoire alors que plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté dans le pays.
Selon le Chef de l’Etat, les différentes actions du gouvernement ont porté des fruits. L’on se demande de quoi s’agit-il véritablement. En effet, les Togolais n’ont jamais été aussi mal en point. La pauvreté ambiante fait des ravages et la vie est au cœur de toutes les conversations de rue. « En 2025, j’attacherai une attention vigilante à ce que le plus grand nombre possible d’objectifs soient atteints. C’est le cas notamment en matière d’énergie et d’industrie ; c’est le cas aussi dans le domaine social où nous devons redoubler d’effort pour la santé et l’éducation », a-t-il signifié.
Un regard analytique sur le budget 2024 montre par exemple que les budgets des ministères de l’accès universel aux soins, de la formation professionnelle et de l’industrie sont inférieurs à celui du ministère des Affaires étrangères. Visiblement, le gouvernement togolais semble plus préoccupé par les problèmes du monde que ceux de ses propres concitoyens, surtout au moment le Nigeria qui fournit le Togo en électricité menace régulièrement de couper l’approvisionnement à cause de l’exorbitante ardoise des impayés.
Alors que Faure Gnassingbé est également attendu sur le changement constitutionnel dénoncé par l’opposition dont les implications restent encore floues pour des partenaires comme les Etats-Unis ou la France, il n’y est consacré que deux paragraphes, en tout quatre phrases. « Je veux terminer ces vœux que je vous adresse pour 2025 en soulignant combien l’année qui vient marquera un renouveau de notre vie démocratique. En février prochain, un Sénat sera mis en place et dans les mois qui suivent la réforme constitutionnelle votée en 2024 entrera en vigueur. Le Togo deviendra alors une véritable démocratie parlementaire comme c’est le cas dans plusieurs grands pays, notamment l’Inde, l’Ile Maurice, le Royaume-Uni ou l’Allemagne, par exemple. Je me réjouis de cette évolution qui permettra au peuple togolais d’être mieux représenté et contribuera donc efficacement à la préparation de l’avenir du pays », a-t-il déclaré.
Rien donc de consistant alors que cette réforme controversée continue de susciter des inquiétudes justement quant à l’avenir du pays. En effet, nombre d’analystes voient dans cette manœuvre politique opérée dans des conditions troubles sans consultation préalable du peuple togolais une manière pour le Président togolais de dégager la voie pour un règne illimité. Les Togolais attendaient donc des garanties sur la bonne foi du régime. Que nenni !
En somme, ce discours sans réelle nouveauté montre que le régime togolais est rouillé. Il est donc en incapacité de non seulement se renouveler, mais aussi de proposer un contrat social digne de nom aux Togolais. L’objectif est visiblement de maintenir le statu quo qui profite à la petite minorité au détriment d’une grande partie de la population togolaise.
Lemy Egblongbéli
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