À l’occasion du 8 mars 2026, autour du thème « La femme en tant qu’épouse : la réalité derrière le mythe », l’ONG Les Amazones de la République recentre le débat sur l’essentiel.
Dans le cadre de la journée internationale des droits de la femme 2026, l’ONG Les Amazones de la République (ADR) a organisé le dimanche 15 mars 2026, un temps d’antenne au cours duquel les échanges ont permis de dépasser les représentations idéalisées de la femme épouse pour en explorer les réalités concrètes, souvent complexes et contrastées. Trois axes majeurs ont structuré les discussions : les perceptions sociales de la femme, l’influence des facteurs culturels dans les relations conjugales, et les enjeux liés à la sexualité au sein du couple.
En annonçant le sujet du Temps d’antenne, la présidente de l’ONG Les Amazones de la République (ADR) a tenu à « remercier les décideurs, les défenseurs des droits humains, la société civile, bref ceux qui, de près ou de loin ont contribué et continuent de contribuer à l’émancipation de la femme. Quand bien même beaucoup reste à faire, nous observons des avancées sur le plan professionnel et politique. Cependant en ce qui concerne la femme en tant qu’épouse, son vécu quotidien, le terrain est vierge. Rien ou presque n’est fait. Le sujet n’est pas du tout abordé. L’on dirait que tout le monde fuit cet aspect pourtant réel dans notre société ». Alors les Amazones de la République abordent sans gant ce tabou qu’il est temps de briser. D’où la tenue de ce Temps d’antenne autour du thème : La femme en tant qu’épouse : la réalité derrière le mythe.
L’ONG Les ADR estime que dans le cadre conjugal, les évolutions en matière de droits des femmes demeurent souvent peu perceptibles. En effet, les réalités vécues par l’épouse se jouent dans la sphère privée. « À l’abri des regards, certaines femmes continuent de subir des pressions constantes au sein de la famille de leur mari : tensions avec la belle-mère, hostilité des belles-sœurs, propos dégradants, accusations infondées, voire stigmatisations liées à des croyances telles que la sorcellerie ».
A l’adresse des acteurs de la société civile, des autorités, des leaders d’opinion, l’ONG dit qu’il est « temps de nommer une réalité que nous avons trop longtemps ignorée : les femmes sont victimes d’une injustice systémique dans la gestion sociale de la sexualité au sein du couple ».
Dans de nombreux ménages, généralement, l’homme multiplie les partenaires sexuelles, parfois sans protection. Ce comportement l’expose à des infections graves qu’il peut, sans le vouloir, transmettre à son épouse. Les faits sont clairs. Lorsque la femme tombe malade, à la suite de ces transmissions, lorsqu’elle souffre, et parfois même lorsqu’elle en meurt, le silence s’installe. On n’en parle pas. On n’interroge pas les causes. On oublie. Cette situation constitue une violation grave des droits fondamentaux de la femme : droit à la dignité, droit à la santé, droit à la présomption d’innocence, droit à la protection contre les violences. Mais lorsque c’est l’homme qui tombe malade, la situation change brutalement. Très souvent, les accusations se tournent vers la femme. Sans preuve. Sans écoute. Sans justice. Elle est désignée coupable, même quand elle est victime. Elle n’a pas le droit de s’expliquer. Elle n’a pas le droit de se défendre, ni de porter plainte, de peur de devenir ’’femme à problème’’.
À cela s’ajoute l’attitude de certains époux qui, sous l’influence de leur famille, « peinent à assumer pleinement leur rôle de protecteur et de garant de l’équilibre du foyer, laissant ainsi perdurer des situations d’injustice et de souffrance pour leurs conjointes », insistent Les ADR. D’où la nécessité pour Les Amazones de la République d’en faire un sujet de débat plein. Associé à la coutume ou aux pratiques culturelles, quand quelqu’un se sent un malaise, on évoque ’’AYOUA’’ (en kabiyè), sorte de syncope survenant à un malade à l’arrivée d’une personne ayant été un partenaire sexuel (non connu) avec la même femme que lui, ou à l’arrivée de deux personnes ayant été des partenaires sexuels (non connus) avec une même femme). En mina cela se dit ’’EDAFODZI’’.
Quatre expertes des questions de femmes ont passé au crible tous les aspects du sujet. Il s’agit de Madame KOUBONOU Odile, assistante sociale, éducatrice spécialisée (ENAS Dakar), Doctorante en administration et politiques de l’éducation à l’université Laval du Québec, Canada ; Madame Rose ALADJI, juriste à Paris ; Madame Estelle Tchilalo KAO, Juriste, Consultante et Coach en vie de couple et épanouissement sexuel ; Madame Nicole ATTA, journaliste ; Madame Salomé ABALODO, Opératrice Economique.
Les discussions ont d’abord mis en lumière l’existence de complexes sociaux persistants, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, influençant les rapports conjugaux. La première intervenante, Madame KOUBONOU, a caricaturé ces complexes par : femme considérée comme sexe faible. Elle a mis en lumière le regard porté sur la femme au sein du foyer. Il ressort que la femme est encore, dans de nombreux foyers, perçue à travers des prismes traditionnels qui limitent son rôle à celui de gardienne du foyer, de mère et d’épouse soumise. Cette perception peut engendrer une sous-estimation de ses capacités intellectuelles, économiques et décisionnelles. Par ailleurs, certaines femmes intègrent elles-mêmes ces représentations, ce qui contribue à leur auto-limitation.
Face à l’émergence d’une classe féminine instruite, autonome et influente, les participants ont souligné comme solutions pour décomplexer la société, la nécessité d’un changement de mentalité. Parmi les solutions proposées figurent : le renforcement de l’éducation égalitaire dès le bas âge ; la valorisation des modèles féminins inspirants ; la sensibilisation des hommes à une masculinité non dominatrice ; l’implication des médias dans la déconstruction des stéréotypes.
Quel est l’état des lieux de l’influence culturelle dans les couples et quelles analyses faire à ce propos ? Le sujet a été décortiqué par Madame Rose ALADJI, juriste à Paris en France. Les échanges ont porté sur le poids des traditions et des croyances dans la structuration des relations conjugales.
Elle a démontré d’entrée de jeu que dans plusieurs contextes socioculturels, la femme demeure soumise à des normes coutumières parfois contraignantes, notamment en matière d’obéissance, de gestion du foyer ou de prise de décision. Ces pratiques peuvent entrer en contradiction avec les principes modernes des droits humains et de la perception de la femme.
Un des points sensibles abordés est celui des accusations de sorcellerie, souvent dirigées contre les femmes, notamment en cas de conflits, d’échecs dans le couple, ou de décès du mari. Ces accusations, bien que relevant de croyances ancrées, peuvent entraîner des violences psychologiques, sociales voire physiques. Et généralement, les membres de la famille de l’époux, sans raison ni preuve quelconque, acculent l’épouse.
Pour Madame ALADJI, il faut ne pas oublier que parfois la femme est un handicap pour elle-même. Elle est elle-même parfois à la base de ses propres problèmes. « Une femme sait bien qu’un homme est marié, mais elle trouve le courage de sortir avec ce monsieur. Donc, elle choisit d’aller retirer à l’autre femme son homme ou d’aller s’ajouter sans tact comme seconde épouse ». Pour l’experte, « la femme qui se comporte de cette manière affaiblit sa propre position sans se rendre compte. Mais elle va le découvrir plus tard ».
Quand un ménage marche et s’entend bien, « c’est là que commencent les problèmes », déclare Madame ALADJI, « avec les belles sœurs, les beaux frères, la belle-mère, etc. », avant de préciser qu’en ce moment, « ils initient des histoires de sorcellerie pour prouver aux yeux de l’extérieur que l’amour que leur frère a pour son épouse là, ce n’est pas clair. »
S’agissant des accusations de sorcellerie liées aux cas de décès ou d’infirmité, la situation est souvent amplifiée et donne lieu à de nombreux abus. La belle-famille, parfois soutenue par des personnes jalouses de l’harmonie du couple, élabore divers scénarios visant à imputer à l’épouse la responsabilité du décès de son mari, la qualifiant hâtivement de sorcière. Dans de nombreux cas, lorsque la mort survient à la suite de maladies telles que le VIH, l’épouse est systématiquement accusée d’en être à l’origine, comme si elle en avait été la seule vectrice. Plus préoccupant encore, certains individus instruits, pourtant censés maîtriser les modes de transmission du VIH, s’associent aux membres moins informés de la famille pour accabler la femme. Il arrive même qu’ils se montrent les plus virulents à son égard. In fine, cette coalition familiale aboutit fréquemment à la spoliation de la veuve et de ses enfants, privés de leur héritage et expulsés du domicile conjugal.
Dans des situations de ce type, la femme souffre doublement. Elle souffre de la disparition de son époux, irremplaçable, et des douleurs iniques dues à la méchanceté des membres de la famille de son mari qu’elle pleure encore.
Les discussions ont également souligné le rôle de certains comportements féminins dans la reproduction des inégalités, notamment : le manque de solidarité entre les femmes ; l’intériorisation des normes patriarcales ; la peur de s’affirmer ou de revendiquer ses droits. D’où la nécessité de renforcer l’estime de soi et la conscience des droits chez les femmes, dit Madame ALADJI.
Dans plusieurs communautés togolaises, les relations conjugales sont encore fortement influencées par des normes coutumières qui définissent la place de l’homme et celle de la femme. Dans la vision traditionnelle, l’homme est considéré comme chef du foyer, détenteur de l’autorité décisionnelle. La femme, quant à elle, est souvent perçue comme gardienne du foyer, éducatrice des enfants, soutien domestique de l’homme. Du coup, la femme est résumée à une faible participation aux décisions familiales, une dépendance économique, une tolérance sociale de certaines formes de domination masculine.
Le troisième axe de discussions a permis d’aborder un sujet souvent tabou mais essentiel à l’équilibre conjugal : la sexualité. La problématique de la sexualité épanouie et, d’autre part, les défis, responsabilités et approches de solution ont été traités à la lumière d’un droit mal compris, enfoui et mal exercé. Pour l’experte KAO Estelle, « bien que la sexualité soit une dimension fondamentale de l’épanouissement personnel, elle reste, pour beaucoup de partenaires, marquée par des non-dits, des frustrations et un manque de communication ». Les attentes des partenaires sont souvent mal exprimées ou ignorées, ce qui peut engendrer des tensions, de l’insatisfaction voire des ruptures.
La problématique de la sexualité épanouie dans les couples a suscité un grand intérêt parmi les participants. « La sexualité épanouie ne se limite pas à l’acte sexuel » annonce l’oratrice. « Elle englobe plusieurs dimensions : affective, psychologique, culturelle et relationnelle ».
Concernant les défis, l’oratrice n’est pas passée par quatre chemins : « Pour une sexualité épanouie et une stabilité conjugale durable, il faut encourager le dialogue franc, ouvert, confiant et respectueux entre partenaires ; reconnaître le droit au plaisir pour les deux partenaires, et surtout au plaisir de la femme sur lequel un accent devrait être mis ; lutter contre les violences sexuelles au sein du couple ; et responsabiliser les deux conjoints dans la construction d’une relation équilibrée », a insisté Madame KAO. Les participants, très intéressés par le sujet, ont juste compris comme toutes les oratrices, qu’une bonne communication rend épanoui un foyer.
Et ici, Madame ATTA a précisé que « la communication n’est pas un simple échange de paroles : elle constitue le socle même de la stabilité, de la compréhension mutuelle et de la confiance dans le couple ». Quel rôle joue la communication, de quoi communiquer et comment bien communiquer.
La communication doit couvrir tous les aspects de la vie commune notamment les attentes et besoins affectifs, matériels, sexuels, spirituels ; la gestion du foyer du point de vue des finances, de l’éducation des enfants, responsabilités domestiques ; les projets d’avenir : investissements, carrière, vision de la famille ; la sexualité (souvent taboue, mais essentielle à l’équilibre du couple) ; les relations avec la belle-famille : sujet sensible qui mérite clarté et limites.
Cette communication joue plusieurs fonctions essentielles, entre autres, la prévention des conflits et le renforcement de la confiance. Elle contribue à créer une intimité émotionnelle et valorise chaque partenaire.
La bonne façon de communiquer fait appel à une écoute active, expression chère à Madame KAO qui a beaucoup insisté sur le fait de « ne pas interrompre l’autre quand il parle et chercher à comprendre avant de répondre ». Parler avec respect, accepter le désaccord, être honnête mais mesuré et choisir le bon moment
La communication doit couvrir tous les aspects de la vie commune notamment les attentes et besoins affectifs, matériels, sexuels, spirituels ; la gestion du foyer du point de vue des finances, de l’éducation des enfants, responsabilités domestiques ; les projets d’avenir : investissements, carrière, vision de la famille ; la sexualité (souvent taboue, mais essentielle à l’équilibre du couple) ; les relations avec la belle-famille : sujet sensible qui mérite clarté et limites
Des pistes ont été proposées pour construire des foyers heureux. Des actions de sensibilisations peuvent être menées au quotidien dans les ménages, dans les quartiers et dans les villages sous formes de causeries et de discussions de groupes, les experts étant disponibles pour échanger avec les femmes à cet effet.
En conclusion, un foyer épanoui ne repose pas sur l’absence de problèmes, mais sur la capacité des conjoints à en parler sainement. Là où la communication est sincère, respectueuse et régulière, les conflits deviennent des occasions de croissance plutôt que de rupture. « Il faut un climat de confiance, il faut que la femme se sente en sécurité chez l’homme, sous son toit, qu elle s’y sente chez elle », dit l’experte Salomé ABALODO. Il s’agit, en définitive, de promouvoir un modèle conjugal fondé sur le respect mutuel, l’égalité et l’épanouissement des deux partenaires.
Au Togo, les problèmes de sexualité dans un couple sont variés et touchent aussi bien l’homme que la femme et peuvent affecter l’équilibre et la stabilité du couple. Le manque de désir sexuel est le plus fréquent dans les couples. Mais il faut y ajouter les troubles de l’érection chez l’homme, l’éjaculation précoce, les douleurs pendant les rapports chez la femme, l’absence d’orgasme. Ce dernier point est « dû surtout à l’ignorance du corps de l’autre », affirme l’experte KAO. Le thème « La femme en tant qu’épouse : la réalité derrière le mythe » a permis de montrer l’écart entre l’image idéalisée de l’épouse dans la société et les difficultés souvent silencieuses que vivent de nombreuses femmes dans le foyer. Le débat ne fait que commencer et l’Etat doit prendre la mesure de la chose afin de mieux apprécier le poids de la sexualité dans l’équilibre du foyer et lui apporter les solutions adéquates.
L’État ne peut pas certes «résoudre» directement les problèmes sexuels dans les couples, mais l’ONG Les ADR l’invite à agir comme facilitateur en éduquant, en accompagnant, en soignant et et en créant un cadre social sain. Il s’agit de renforcer l’éducation à la vie affective et sexuelle, développer les services de conseil conjugal et sexologique et améliorer la prise en charge médicale En réalité, conclut la Présidente des ADR, « la solution repose sur un triptyque : État – Société – Couple ».
Rose K. KOUDJOME
Présidente de l’ONG Les Amazones de la République
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