La Journée mondiale de la santé mentale célébrée chaque 10 octobre donne l’occasion au grand public et aux professionnels de santé de s’engager en proposant des mesures concrètes pour notre propre santé mentale et pour celle de nos proches. Cette journée met en avant les difficultés et les freins que peuvent rencontrer les personnes souffrant d’un trouble psychique. Elle donne également des clés afin d’aider ces personnes, notamment en les amenant vers le soin qui leur convient, et en démocratisant les discussions sur la santé mentale. Le thème cette année 2025 est « Accès aux services : la santé mentale dans les catastrophes et les situations d’urgence.» A l’occasion, le Bihebdomadaire LE CORRECTEUR s’est approché de Sœur Isabelle AZIABLE, Directrice du Centre de Santé Mentale Paul Louis Renée à Kégué à Lomé pour en savoir davantage sur les activités au programme et les initiatives du Centre pour faire face à ce fléau
LE CORRECTEUR : Quel est le profil de vos pensionnaires du Centre dont vous avez la direction ?
Sœur Isabelle AZIABLE : Nos passionnaires sont majoritaire-ment les adultes souffrant de troubles psychiatriques (schizophrénie, troubles bipolaires, dépression sévère, etc), Des personnes en situation de dépendance : alcoolisme, toxicomanie (prise des SPA induisant des troubles du comportement), patients en détresse psychologique : anxiété chronique, stress post-traumatique, troubles du comportement du à beaucoup de chose, enfants et adolescents présentant des troubles du développement ou du comportement
Qu’appelle-t-on Santé Mentale? Bonne santé physique, bonne relation avec la société, son entourage, ses semblables, être utile à soi, à la société, à son entourage ; ne pas avoir besoin de prendre quelques substances avant de se sentir bien
-Tout d’abord, la santé mentale n’est pas égale l’absence de troubles mentaux ou psychologiques. C’est le bien-être émotionnel, psychologique et social
Avoir une Santé mentale, c’est avoir une estime de soi renforcé par l’espoir qui fait accepter les erreurs et les échecs de la vie, sans autant fuir par la consommation de certaines substances nuisibles comme les drogues, l’alcool et le tabac, C’est aussi parvenir chaque jour à satisfaire les besoins fondamentaux comme se nourrir, se vêtir, se loger, se sentir en sécurité dans un milieu, sans menace, sans guerre, sans danger. C’est se sentir en paix avec le monde et avec soi-même.
(OMS), un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler de manière productive et fructueuse, et d’apporter une contribution à sa communauté.
Vous assurez au niveau de votre centre la prise en charge globale du patient aussi bien sur le plan physique que mentale. Quid de la réinsertion sociale de vos pensionnés ?
Concernant la réinsertion sociale des patients, le centre y accorde une importance particulière.
Quoi qu’on dise, toute personne ayant traversé une période de maladie perd une partie de son autonomie et elle a besoin d’aide pour se retrouver, d’où la réinsertion sociale constitue une partie intégrante de la prise en charge globale.
Ses activités sont des approches multidisciplinaires impliquant des professionnels de la santé mentale, des travailleurs sociaux et d’autres:
Prendre en compte les besoins spécifiques de chaque patient et de mettre en place des stratégies individualisées pour faciliter leur réinsertion.
Aider les patients à se réinsérer dans leur communauté et à reprendre une vie normale après leur traitement
Retrouver leur autonomie et leur confiance en eux-mêmes.
Faciliter leur intégration dans la société en leur offrant des outils et des ressources nécessaires pour gérer leur vie quotidienne.
Réduire le risque de réhospitalisation en assurant un suivi approprié et un soutien continu par des VAD, des appels.
Cela fait presqu’une dizaine d’année que le centre a été créé. Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés ?
Le CSM PLR a accompli beaucoup en près de dix ans, mais il fait face à plusieurs défis importants qui freinent son plein développement et sa capacité à répondre aux besoins croissants en santé mentale au Togo. Voici les principaux obstacles identifiés :
Par exemple sur le plan structurels et logistiques :
Manque d’un service d’urgence adapté : Le centre ne dispose pas encore d’un espace dédié aux urgences psychiatriques, avec des cabines et toilettes séparées pour les différents profils de patients.
Besoin d’équipements médicaux spécialisés : Le centre dépend de lui-même ; pas de pas de dons ou subventions pour acquérir du matériel essentiel (analyse biomédicale, équipements de diagnostic…), ce qui constitue un poids lourd pour le centre.
Défis humains et professionnels : Sous-effectif médical : La demande dépasse souvent les capacités du personnel, ce qui peut limiter les suivis personnalisés et nous lançons toujours notre demande au gouvernement de nous appuyer techniquement.
Formation continue : Les professionnels ont besoin de formations régulières pour suivre l’évolution des pratiques en médicaux-psycho-psychiatrie,
Défis financiers
Le centre fonctionne grâce à ses recettes journalières, il s’auto prise en charge depuis plus de 6 ans ; ses revenues restent précaires et insuffisantes pour couvrir tous les besoins puisqu’il y a beaucoup de cas sociaux que nous recevons.
Défis sociaux et culturels
Stigmatisation de la santé mentale:
Beaucoup de Togolais hésitent à consulter par peur du jugement ou par méconnaissance des troubles mentaux.
Sensibilisation insuffisante : Malgré les efforts du centre (campagnes, journées mondiales…), il reste encore du chemin pour intégrer la santé mentale dans les priorités de santé publique. Malgré ces défis, le centre continue de se battre avec passion et détermination. En 2023, grâce à l’association enfance espoir, il a inauguré un nouveau bâtiment pour élargir ses capacités, preuve que l’engagement des équipes et des partenaires occasionnels portent ses fruits.
« Accès aux services : la santé mentale dans les catastrophes et les situations d’urgence », que revêt pour vous ce thème retenu à l’occasion de l’édition 2025 de la journée mondiale de la santé mentale.
Lorsqu’un événement bouleverse nos vies — que ce soit une inondation, un conflit, une pandémie ou une perte soudaine — nous pensons d’abord à la sécurité physique, à la nourriture, au logement.
Mais qu’en est-il de notre esprit/ ? De nos émotions/ ?
Il est normal de se sentir stressé, triste ou dépassé. Parler, demander de l’aide, c’est un acte de courage, pas de faiblesse. Des services existent pour vous écouter, soutenir et soigner.
Environ 1 personne sur 5 développe des troubles comme la dépression, l’anxiété, le stress post-traumatique, voire des troubles plus graves (bipolarité, schizophrénie) et les personnes vulnérables (Les personnes ayant déjà des troubles mentaux) sont particulièrement à risque et doivent être prioritaires dans l’accès aux soins.
Avoir Accès aux services veut dire qu’il faut garantir par
La Continuité des soins : pour cela, Il est essentiel de maintenir ou rétablir rapidement ces services, il faut intervenir à plusieurs niveaux : Soutien communautaire et entraide, Premiers secours psychologiques, Soins spécialisés pour les cas graves ; Chaque centre de santé devrait avoir au moins un professionnel capable d’identifier les troubles mentaux pour pouvoir les orienter à temps ou de les prendre en charge
Après ces moments d’urgences, l’entourage des victimes devraient être attentifs pour identifier les signaux d’alertes : Fatigue extrême, insomnie, irritabilité, repli sur soi, pensées négatives persistantes… sont des signaux d’alerte.
Chercher du soutien : Parler à un proche, à un professionnel ou à un groupe de soutien peut faire une grande différence.
Ne pas stigmatiser : Les troubles mentaux ne sont pas une faiblesse. En parler ouvertement aide à briser les tabous.
Ensemble, nous pouvons Briser le silence autour de la santé mentale, Construire une communauté plus solidaire et résiliente et Faire de chaque crise une opportunité de guérison.
Comment comptez-vous marquer cette journée cette année?
Programme de la semaine
Quelles sont les personnes susceptibles ou à risque de développer les maladies mentales?
Tout le monde peut faire la maladie mentale : enfants, jeune comme personne âgée ; mais il faut des facteurs déclenchant ou favorisant comme :
Facteurs intrinsèques ou personnel : l’enfance fragile, le vécu personnel….
Facteurs extrinsèques : le travail avec quel patron, quel salaire, la vie de couple ou la mauvaise gestion ou le vécu des relations amoureuses, les échecs ou les réussites inattendus, influence de la société. Les personnes à risque ; par exemple si un membre direct de la famille (mère, père, sœurs, frères…) ont déjà fait la maladie. Parmi ces personnes à risque, il y a les consommateurs des SPA surtout les consommateurs de cannais
Mieux vaut prévenir que quérir, dit-on. Comment prévenir les maladies mentales ?
Primaire : Tout moyen mis en œuvre pour empêcher ou retarder la survenue de la maladie. Exemple: Hygiène psychique: dormir suffisamment, avoir le temps de distraction, éviter d’abuser les SPA, passer à l’acte sexuel si besoin surtout avec celui qu’on aime…Hygiène de la santé physique : manger bien (ctd, repas moins sucré, moins sallé, moins gras et associer les fruits) ; boire fréquemment de l’eau : minimum 2 litres et maximum 3 litres par jour pour se sentir bien
Secondaire : Le dépistage chez les personnes à risque ; par exemple si un membre direct de la famille (mère, père, sœurs, frères…) ont déjà fait la maladie. Parmi ces personnes à risque, il y a les consommateurs des SPA surtout les consommateurs de cannais
Diagnostic et traitement précoce dans la population (il faut toujours penser à une affection mentale devant la présence des signes et symptômes psychiatriques alors que les bilans paracliniques sont normaux
Tertiaire : Prévenir les rechutes et leur complication. Dans ce cas, il faut aider les patients à comprendre leur maladie. Leur donner les signes prémonitoires de la maladie, les complications possibles qui peuvent survenir s’ils ne respectent pas les consignes médicales comme l’observance thérapeutique, le respect des RDV.
Parmi les facteurs de risques, vous partez en guerre contre la consommation des substances psychoactives et autres drogues en milieu scolaire. Comment se présente la situation ?
La situation est alarmante et préoccupante de nos jours et cela suscite une mobilisation croissante de la société civile, des médias et des autorités éducatives.
La Consommation du cannabis, Tramadol, l’alcool et même la cocaïne est en hausse et on les retrouve de plus en plus présents dans les établissements scolaires. Une enquête menée en 2020 révélait que près de 18 % des jeunes interrogés consommaient des drogues, et 64 % de l’alcool en milieu scolaire
Les jeunes de 12 et 24 ans sont les plus touchés, souvent initiés très tôt à ces substances, parfois sous des formes déguisées comme des confiseries (comme les bonbons, caramels, chocolats, sucettes, nougats, gommes, dragées, etc)
Certains élèves introduisent ces produits dans les écoles, incitant leurs camarades à les consommer, ce qui crée des cercles de dépendance et de délinquance silencieuse. Devant cette situation, nous reétérons un appel de sensibilisation à tout niveau (parents, tuteurs, éducateurs, les responsables des établissement…) à plus de vigilance :
Un effectif contrôlable dans chaque classe permettra aux enseignant de connaitre et bien suivre chaque élève en vue de détecter le plutôt possible un changement de comportement chez eux (l’absentéisme, dormir en classe, la médiocrité dans le travail, baisse de performance
Que chaque responsable d’établissement ait l’ambition d’avoir des écoles des espaces sûrs, sains et propices à l’épanouissement des enfants sur tous les plans, pour éviter les maladies que cela pourrait entrainer : hypertension, AVC, infarctus ; bronchites chroniques, cancers : poumon, gorge, vessie, bouche.
Vieillissement prématuré : peau abîmée, fatigue chronique, Altération du cerveau : les drogues modifient les connexions neuronales, Dépendance : physique et psychique, avec des symptômes de manque, Troubles mentaux : anxiété, dépression, hallucinations, paranoïa, Risques vitaux : overdose, coma, troubles cardiaques graves, Baisse de concentration : la nicotine perturbe l’attention à long terme, Troubles de la mémoire : surtout chez les jeunes fumeurs réguliers, Fatigue mentale : le manque de nicotine entraîne irritabilité et baisse de vigilance, Perte de motivation : les drogues affectent le système de récompense du cerveau, Troubles de l’apprentissage : difficulté à retenir, à comprendre et à raisonner, Absentéisme et isolement : baisse de participation, conflits avec les enseignants, Risque d’échec scolaire : les performances chutent, parfois jusqu’au décrochage.
Avez-vous un appel particulier à lancer sur ce plateau à l’occasion de la journée mondiale de la santé mentale ?
Tendons-nous la main les uns vers les autres. Un mot gentil, une écoute attentive, peuvent faire toute la différence. Ensemble, nous pouvons briser le silence autour de la santé mentale, nous pouvons construire une communauté plus forte, plus solidaire, plus humaine. Le CSM PLR est disponible pour accueillir toute personne en difficulté ; et nous demandons le soutien de tout genre des personnes de bonne volonté pour venir au secours des plus vulnérables
Entretien réalisé par
Honoré ADONTUI
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