Le troisième et dernier jour du colloque international sur l’éducation en Afrique, organisé par Le Rameau de Jessé, a été marqué, ce samedi 21 mars 2026, par une conférence portant sur le thème « Quelles urgences de politique éducative en Afrique ? ». Celle-ci a été modérée par Cyriaque Séna Akakpo Numado, professeur titulaire de sciences de l’éducation et enseignant-chercheur à l’INSE à l’Université de Lomé, et animée par le Professeur Baba Moussa, enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin et Secrétaire général de la Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie.
Selon le professeur Akakpo Numado, le rapport 2025 de l’Unesco sur l’éducation révèle que l’Afrique subsaharienne abrite plus de la moitié des 63 millions d’enfants en âge d’être scolarisable dans le monde mais qui ne vont pas à l’école ; 250 à 272 millions d’enfants sont déscolarisés, tendance à la hausse avec 39% en Afrique subsaharienne, près d’un enfant sur trois n’achève pas le cycle primaire ; les inégalités du genre persistent, touchant plus les filles, on note par ailleurs, une pénurie d’enseignants qualifiés ; 15 millions d’enseignants doivent être recrutés d’ici 2030 pour assurer une éducation universelle en Afrique et le continent nécessite 77 milliards de dollars US par an pour améliorer l’accès et la qualité notamment via la formation des enseignants. Face à ce tableau, il y a lieu de s’interroger sur les politiques éducatives.
Le Professeur Abdel Rahamane Baba-Moussa a souligné, dans sa communication, que « l’interrogation sur l’éducation est très ancienne et que chaque génération s’inquiète de la baisse du niveau de ses successeurs ».

Il a ensuite relevé les limites du système éducatif actuel, estimant que « l’école a de grandes difficultés à accueillir tout le monde et que la majorité des actifs reste très peu scolarisée ». Il a jugé « effarant » de constater que « ceux qui travaillent, construisent et développent nos pays n’ont, pour la plupart, pas bénéficié d’une formation scolaire adéquate », ajoutant que « ce n’est pas le système scolaire qui fournit la grande masse».
Abordant la question linguistique, il a insisté sur son importance : « L’enseignement en langue nationale est fondamental. Les pays doivent accorder une attention particulière aux politiques linguistiques dans le système éducatif ». Selon lui, « les réformes visant à intégrer les langues maternelles africaines dans l’enseignement sont essentielles ».
Le Professeur Baba-Moussa a également appelé à repenser le modèle éducatif, précisant que « la solution n’est pas de jeter le système scolaire, mais de rompre avec son organisation pyramidale ». Il a rappelé que « l’éducation de base ne se limite pas à la scolarisation initiale », mais qu’elle doit offrir, après les dix premières années, « des parcours diversifiés menant aussi bien à l’université qu’aux métiers modernes ».
Évoquant l’urgence des réformes, il a plaidé pour un changement de paradigme : « Il faut rompre avec l’obligation scolaire. Au lieu d’obliger tous les enfants à aller à l’école, il faut faire en sorte que l’école aille à eux ». Il a ainsi appelé à « passer de l’obligation scolaire au droit à l’apprentissage tout au long de la vie », en soulignant que « l’éducation non formelle constitue l’autre face de la médaille ». Il a insisté sur la nécessité « d’ériger des passerelles » entre les différents systèmes d’apprentissage.
En conclusion, il a exhorté les États à faire preuve d’audace : « Chaque pays doit pouvoir accepter et oser déconstruire ».
La journée a également été enrichie par des témoignages sur des alternatives de formation, présentés par Pierre Kossi Agbonounotor, Biologiste et Directeur des Etudes du Centre International de Développement Agropastoral à Baga, ainsi que par le RP. Dominique Koffi Hounsounou, Directeur du Centre d’Apprentissage Maria Auxiliadora (CAMA) à Lomé.

La version numérique de l’ouvrage « Enraciner la démocratie en Afrique ? Paroles d’intellectuels » a été également lancée.

Roger Ekoué Folikoué, au nom de l’association Le Rameau de Jessé, a remercié tous les participants et intervenants ainsi que tous ceux qui ont contribué à la réussite de ce colloque. « Pour repenser l’éducation, il nous faut une conviction inébranlable, des ressources et des symboles. Notre avenir nous appartient ».

Une cérémonie d’hommage a clôturé les trois jours de travaux ayant réuni d’éminentes personnalités autour du thème : « Repenser l’éducation en Afrique : Quels paradigmes d’éducation pour le changement social ? Politiques éducatives, défis et innovations».

LC
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