L’industrie africaine des véhicules électriques (VE) franchit une nouvelle étape. Au-delà de l’assemblage et de l’importation de véhicules, plusieurs pays cherchent désormais à développer la fabrication de batteries et de leurs composants. Le Maroc apparaît comme l’un des principaux pionniers de cette transformation, tandis que l’Afrique du Sud tente de se positionner sur ce marché stratégique avec l’intérêt croissant du constructeur chinois BYD.
Le Maroc bénéficie déjà d’un ensemble d’investissements chinois, de financements internationaux et de projets industriels qui contribuent à structurer une chaîne de valeur autour des batteries. L’approbation par la Banque africaine de développement (BAD) d’un prêt de 114 millions de dollars destiné à soutenir les projets de Gotion High-Tech constitue, à ce titre, un signal fort. Il s’agit de l’un des engagements les plus importants d’une institution africaine de financement du développement en faveur d’un projet de fabrication de batteries sur le continent.
Ce financement pourrait également ouvrir la voie à d’autres investissements dans un secteur longtemps considéré comme difficile à développer en Afrique. Des entreprises chinoises sont déjà engagées dans la production de batteries et de matériaux associés, en partenariat avec différents acteurs internationaux.
À Jorf Lasfar, près de Casablanca, Falcon Energy Materials, basée à Abu Dhabi, développe notamment un projet pilote de matériaux d’anode d’une capacité de 25 000 tonnes par an. L’entreprise collabore avec des sociétés chinoises spécialisées, dont Shanghai Shanshan New Material et Hensen. Ces initiatives renforcent la volonté du Maroc de construire un écosystème industriel intégré, allant des matières premières aux composants nécessaires aux batteries.
L’Afrique du Sud veut accélérer
L’Afrique du Sud constitue une autre destination potentielle pour cette industrie. Premier marché automobile sophistiqué du continent, le pays intéresse particulièrement BYD, l’un des principaux constructeurs mondiaux de véhicules électriques à batterie et d’hybrides rechargeables.
Contrairement à une simple stratégie d’assemblage de véhicules, le groupe chinois explore désormais la possibilité de développer localement la fabrication de batteries. Cette ambition s’est notamment manifestée lors du lancement, en juillet, de la coentreprise BYD Finance avec le groupe bancaire sud-africain Absa.
Le cadre politique sud-africain pourrait favoriser cette orientation. Pretoria travaille à renforcer sa stratégie concernant les minéraux et métaux critiques et envisage d’élargir les incitations accordées au secteur automobile. L’objectif est notamment de favoriser la transformation locale des ressources minières et leur intégration dans la production de batteries destinées aux véhicules électriques.
Pour BYD, une production locale permettrait de réduire sa dépendance à certains composants importés tout en profitant des dispositifs d’incitation mis en place par les autorités.
Le Maroc et l’Afrique du Sud illustrent ainsi deux trajectoires complémentaires. Le premier a déjà réussi à attirer des financements, des partenaires industriels et des projets d’usines. Le second dispose d’importantes ressources minières et d’une solide industrie automobile, mais doit encore consolider son cadre d’investissement.
Au-delà des infrastructures, les politiques publiques, les incitations fiscales et la capacité à transformer localement les minerais seront donc déterminantes. Les pays africains capables de réunir ces conditions pourraient prendre une place importante dans la future chaîne mondiale de valeur des batteries électriques.
LC
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